VENDRE EN VIAGER POUR FINANCER SA RETRAITE EN THAÏLANDE :

UNE SOLUTION QUE PEU CONNAISSENT

J'ai vécu un an à Koh Samui. J'ai eu l'occasion d'y croiser des retraités français installés là-bas, ou en repérage pour plus tard.
Certains avaient tout prévu. D'autres avançaient au jour le jour, avec une pension et un bien immobilier resté en France, vendu à la va-vite ou pas vendu du tout. C'est cette dernière situation qui m'a donné envie d'écrire cet article : parce qu'il existe une solution à laquelle presque personne ne pense, et qui aurait pu simplifier la vie de plusieurs personnes que j'ai rencontrées là-bas.

Pourquoi de plus en plus de retraités partent s'installer en Thaïlande ?

La Thaïlande, et Koh Samui en particulier, attire depuis des années une population de retraités européens séduits par le climat, le coût de la vie plus bas qu'en France, et un rythme de vie différent. Un visa retraite existe pour les plus de 50 ans (le fameux « Non-Immigrant O-A »), et une bonne partie de la communauté française sur l'île est composée de retraités ou de pré-retraités venus chercher autre chose.

Sur place, la vie s'organise différemment de ce qu'on imagine depuis la France. Beaucoup s'installent d'abord en location le temps de voir si le mode de vie leur convient, avant de s'engager plus durablement. D'autres achètent un condominium ou font construire une villa. Dans tous les cas, le nerf de la guerre reste le même : avoir un revenu régulier et prévisible, pour ne pas dépendre uniquement d'une épargne qui s'effrite mois après mois.

Mais s'installer là-bas a un coût : logement, assurance santé internationale, visa, billets d'avion pour les allers-retours, sans compter l'incertitude du taux de change entre l'euro et le baht. Pour financer ce nouveau départ, la plupart des retraités n'ont qu'une option en tête : vendre leur bien en France, classiquement, et partir avec le capital.

Le problème, c'est que ce capital, une fois investi ou placé, ne garantit pas un revenu stable dans le temps. Entre les frais de gestion, la fiscalité sur les plus-values de placement, et les aléas des marchés, beaucoup de retraités se retrouvent, quelques années plus tard, avec un capital entamé et une inquiétude grandissante.

Le problème que j'ai observé sur place

Ce que j'ai vu, ce sont deux profils qui reviennent souvent :

  • Ceux qui ont vendu leur maison en France dans la précipitation avant de partir, parfois en dessous de sa valeur, pressés de tourner la page.

  • Ceux qui n'ont pas vendu, qui gardent le bien « au cas où », mais qui vivent sur place avec une petite pension, sans revenu complémentaire régulier.

Dans les deux cas, la question qui revient est la même : comment transformer un bien immobilier en France en un revenu stable et régulier, sans attendre une vente classique ni renoncer à la sécurité d'avoir un pied-à-terre ?

Petit rappel : comment fonctionne un viager

Pour ceux qui n'y ont jamais été confrontés directement, le principe est simple. Le vendeur (appelé le crédirentier) cède son bien à un acheteur (le débirentier) en échange de deux éléments :

  • Un bouquet : une somme versée comptant, le jour de la signature chez le notaire. Son montant est libre, souvent entre 20% et 30% de la valeur du bien, mais peut varier selon les besoins du vendeur.

  • Une rente viagère : un revenu versé chaque mois, jusqu'au décès du vendeur (ou du dernier des deux vendeurs, en cas de couple). Son montant dépend de la valeur du bien, de l'âge du vendeur au moment de la vente, et du bouquet choisi.

La rente est calculée une fois pour toutes à la signature, sur la base de tables de mortalité et d'un barème actuariel. Elle est ensuite indexée chaque année, le plus souvent sur l'indice INSEE des prix à la consommation, ce qui la protège en partie de l'inflation.

Le viager, une réponse à laquelle on ne pense pas assez

Le viager n'est pas réservé aux retraités qui restent chez eux. Il peut aussi être une solution pour ceux qui veulent partir, à condition de choisir la bonne formule.

Le viager libre : pour un départ immédiat

Avec un viager libre, l'acheteur peut occuper le bien dès la signature. Le vendeur, lui, touche un bouquet (un capital versé immédiatement) et une rente viagère mensuelle, mais n'a plus besoin d'habiter le logement. C'est la formule la plus naturelle pour quelqu'un qui a déjà décidé de partir vivre en Thaïlande : le capital peut couvrir les premiers frais d'installation (visa, assurance, logement sur place), et la rente devient un revenu régulier en euros, versé chaque mois, qui vient compléter la pension de retraite.

Le viager occupé : pour préparer le départ sans se précipiter

Pour ceux qui hésitent encore, ou qui veulent partir progressivement, le viager occupé permet de continuer à vivre dans le bien (ou de le louer) tout en touchant un bouquet immédiat. C'est une option pour sécuriser une partie du projet sans devoir tout quitter du jour au lendemain.

Un exemple pour visualiser le principe

Prenons un couple de retraités, propriétaires d'une maison estimée à 250 000€, qui souhaite partir vivre à Koh Samui dès l'année prochaine. En vente classique, ils devraient attendre de trouver un acquéreur, négocier, signer, puis replacer le capital obtenu — avec tous les aléas que cela suppose sur les délais et sur le prix final.

En viager libre, ils pourraient par exemple toucher un bouquet de l'ordre de 60 000 à 75 000€, versé immédiatement à la signature pour financer l'installation (dépôt de garantie, premiers loyers, visa, assurance santé), puis une rente mensuelle versée à vie, à eux deux, en complément de leur pension. Ces chiffres sont donnés à titre purement illustratif : chaque situation dépend de l'âge des vendeurs, de la valeur réelle du bien, et du barème retenu — c'est tout l'intérêt d'une estimation personnalisée avant de s'engager.

L'idée à retenir n'est pas le montant en lui-même, mais le mécanisme : un capital de départ pour financer l'installation, et un revenu récurrent qui continue d'arriver chaque mois, sans avoir à gérer un placement ou à surveiller les marchés depuis l'autre bout du monde.

Ce que ça change concrètement

  • Un revenu régulier en euros, qui n'est pas soumis aux variations d'un salaire ou d'un investissement risqué.

  • Pas besoin d'attendre les mois — parfois plus — que prend une vente classique avant de pouvoir partir.

  • Un capital de départ (le bouquet) pour financer l'installation, sans s'endetter.

  • La possibilité, avec un viager occupé, de garder un point d'ancrage en France pendant la transition.

La vente à terme, une autre option à connaître

Le viager n'est pas la seule formule possible.

La vente à terme fonctionne sur un principe proche : un bouquet éventuel puis des mensualités versées à l'acheteur, mais sur une durée fixe, déterminée à l'avance, et non plus jusqu'au décès du vendeur.

Cette formule peut convenir à ceux qui veulent une visibilité totale sur la durée des versements, par exemple pour caler leur budget sur une période donnée avant de basculer entièrement sur leur pension de retraite.

Les points à vérifier avant de se lancer

Ce type de projet mérite d'être bien accompagné, notamment sur deux sujets :

  • La fiscalité et le statut de résident : les règles applicables dépendent du pays de résidence fiscale choisi et évoluent régulièrement. Un point avec un notaire ou un conseiller spécialisé en expatriation est indispensable avant toute décision.

  • Le taux de change euro / baht thaïlandais : une rente versée en euros reste exposée aux fluctuations si les dépenses, elles, sont en baht. C'est un paramètre à anticiper dans le budget, pas un obstacle en soi.

Ce ne sont pas des freins au projet, mais des étapes à ne pas sauter — comme pour toute expatriation à la retraite, viager ou non.

Les questions qu'on me pose le plus souvent sur ce sujet

Peut-on vendre en viager si on part vivre définitivement à l'étranger ?

Oui. Rien n'empêche un vendeur de résider à l'étranger après la signature. C'est même l'intérêt du viager libre : le bien est cédé occupation comprise, l'acheteur peut y emménager tout de suite, et le vendeur perçoit sa rente où qu'il vive, par virement bancaire.

La rente continue-t-elle d'être versée si on change de pays plusieurs fois ?

Oui, la rente est due par l'acheteur jusqu'au décès du vendeur, indépendamment de son lieu de résidence. C'est un point à formaliser avec le notaire au moment de la vente, notamment sur les modalités de virement à l'étranger.

Faut-il être propriétaire sans crédit en cours pour vendre en viager ?

Non, mais un crédit en cours doit être soldé au moment de la vente, généralement grâce au bouquet perçu. C'est un point à étudier au cas par cas selon le capital restant dû.

Quel est le bon âge pour envisager cette solution ?

Il n'y a pas d'âge minimum légal, mais la rente est d'autant plus intéressante que le vendeur est âgé au moment de la vente, l'espérance de vie étant l'un des critères du calcul. C'est un projet qui se réfléchit généralement à partir de la soixantaine, au moment où l'idée de la retraite à l'étranger devient concrète.

En résumé

Le viager n'est pas qu'une solution pour « les personnes âgées qui restent chez elles », comme on l'entend trop souvent. C'est aussi un outil pour ceux qui veulent, au contraire, partir vivre autre chose — à Koh Samui ou ailleurs — sans attendre d'avoir vendu classiquement, et sans sacrifier la sécurité d'un revenu régulier.

Le viager, c'est avant tout une histoire humaine. Et parfois, cette histoire commence par un billet d'avion.

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